Isolation thermique et humidité : deux défis majeurs pour les bâtiments en béton et en brique

Dans de nombreux bâtiments, une enveloppe insuffisamment performante entraîne un double inconfort : trop de chaleur en été, trop de pertes en hiver, auxquels peuvent s’ajouter des dégradations de façade liées à l’humidité.
En Europe comme en Afrique du Nord, une grande partie du parc immobilier repose sur des structures en béton, en briques ou en blocs de maçonnerie. Ces matériaux sont robustes, durables et largement maîtrisés dans le secteur de la construction. Mais lorsqu’ils ne sont pas associés à une enveloppe thermique suffisamment performante, ils peuvent générer deux problèmes récurrents : un fort inconfort thermique et une dégradation progressive des façades sous l’effet de l’humidité. Ces phénomènes sont particulièrement visibles dans les bâtiments anciens ou insuffisamment isolés, mais aussi dans certaines constructions plus récentes lorsque les choix de conception, de mise en œuvre ou de protection de l’enveloppe ne sont pas adaptés aux conditions climatiques réelles.

Des bâtiments trop chauds en été et trop froids en hiver

Le béton et la brique ne doivent pas être confondus avec des matériaux isolants. Ils apportent de la résistance mécanique et de l’inertie thermique, mais ils laissent tout de même circuler la chaleur lorsqu’aucune couche isolante performante ne vient limiter ces transferts. En été, les murs et surtout les toitures absorbent une grande quantité de chaleur. Dans les appartements situés au dernier étage, directement sous une dalle ou une toiture très exposée au soleil, cette chaleur peut progressivement être transmise vers l’intérieur.
Été : la chaleur pénètre par la toiture et les murs d’un bâtiment insuffisamment isolé
Illustration 1 — Été : la chaleur pénètre par la toiture et les murs d’un bâtiment insuffisamment isolé.
Le bâtiment devient alors difficile à refroidir, parfois même plusieurs heures après le coucher du soleil, car la structure continue à restituer l’énergie accumulée pendant la journée. En hiver, le phénomène s’inverse. La chaleur produite à l’intérieur se dissipe à travers les parois et la toiture lorsque leur résistance thermique est insuffisante. Les occupants peuvent alors ressentir une sensation de froid persistante, même lorsque le chauffage fonctionne, notamment parce que les surfaces intérieures des murs et plafonds restent froides.
Hiver : la chaleur intérieure s’échappe à travers la toiture et les murs
Illustration 2 — Hiver : la chaleur intérieure s’échappe à travers la toiture et les murs.
En été, trop de chaleur entre ; en hiver, trop de chaleur s’échappe.

Une consommation d’énergie plus élevée

Lorsque l’enveloppe du bâtiment limite mal les échanges thermiques, les systèmes de chauffage et de climatisation doivent compenser en permanence. La conséquence est directe : davantage de consommation énergétique pour maintenir une température intérieure acceptable. Améliorer l’enveloppe permet donc d’agir à la source. L’objectif n’est pas seulement d’augmenter la puissance des équipements, mais de réduire la quantité de chaleur qui traverse les murs et les toitures.
Comparaison entre une paroi sans isolation et une paroi protégée par une couche mince isolante
Illustration 3 — Comparaison entre une paroi sans isolation et une paroi protégée par une couche mince isolante.

Le défi de la rénovation des bâtiments existants

La problématique est particulièrement importante pour le parc immobilier déjà construit. En Europe, de nombreux bâtiments ont été érigés avant les exigences énergétiques modernes. En Afrique du Nord, les constructions en béton, briques et blocs de maçonnerie sont très répandues, avec des niveaux de protection thermique variables. Dans ces bâtiments, l’ajout d’une isolation traditionnelle épaisse peut parfois être complexe : manque d’espace, contraintes architecturales, travaux importants ou coût élevé. C’est dans ce contexte que les solutions de protection thermique en couche mince peuvent présenter un intérêt, notamment lorsqu’elles peuvent être appliquées directement sur les surfaces existantes.
Principe d’une isolation liquide en couche mince appliquée directement sur le support
Illustration 4 — Principe d’une isolation liquide en couche mince appliquée directement sur le support.

L’humidité, l’autre ennemi des façades

La performance d’un bâtiment ne dépend cependant pas uniquement de sa capacité à gérer la chaleur. Les murs et les façades doivent également résister à l’eau et à l’humidité. Deux situations sont particulièrement critiques : les bâtiments situés dans les villes côtières et les épisodes de fortes pluies. Dans les zones côtières, les façades sont régulièrement exposées à une humidité de l’air élevée, aux embruns salins et à des cycles répétés d’humidification et de séchage. Lors de fortes pluies, l’eau peut également pénétrer dans les fissures, les joints dégradés, les enduits poreux ou les zones présentant des défauts d’étanchéité.
Exemples de dégradation de façades : fissuration, perte d’adhérence et décollement de la peinture et de l’enduit
Photos 1 et 2 — Exemples de dégradation de façades : fissuration, perte d’adhérence et décollement progressif de la peinture et de l’enduit.

Cloques, fissures et décollement de peinture

Lorsque l’humidité pénètre derrière une peinture ou un revêtement, l’adhérence au support peut progressivement diminuer. Des cloques peuvent apparaître, la peinture peut gonfler, se fissurer puis se détacher par plaques. Dans certains cas, l’enduit lui-même commence à se dégrader. Ces défauts ne sont pas uniquement esthétiques. Ils indiquent généralement que l’eau circule ou reste emprisonnée dans le système de paroi. Dans les villes côtières, les sels présents dans l’air marin peuvent accentuer les dégradations : ils peuvent pénétrer dans les matériaux avec l’humidité, puis cristalliser lors des phases de séchage et contribuer à fragiliser localement les enduits et les revêtements.

Pourquoi repeindre ne suffit pas toujours

Lorsqu’une façade présente des cloques ou du décollement, la réaction la plus courante consiste souvent à repeindre. Mais si la cause de l’humidité n’est pas corrigée, le problème risque de réapparaître. Il faut d’abord identifier l’origine de l’eau : infiltration après de fortes pluies, fissuration, défaut d’étanchéité, remontées capillaires, fuite ou condensation. Le support doit ensuite pouvoir sécher correctement avant l’application d’un nouveau revêtement. Une bonne solution de façade doit donc trouver un équilibre entre plusieurs fonctions : résister à l’eau liquide, conserver une bonne adhérence et gérer correctement la vapeur d’eau présente dans la paroi.

Une enveloppe performante doit gérer la chaleur et l’humidité

Ces différentes problématiques montrent que l’enveloppe du bâtiment doit être considérée comme un système complet. Elle doit limiter les transferts de chaleur, protéger contre la pénétration d’eau, résister aux cycles de pluie et de séchage, maintenir une bonne adhérence des revêtements et permettre une gestion appropriée de la vapeur d’eau. Pour une solution thermique en couche mince destinée à l’extérieur, la performance ne doit donc pas être évaluée uniquement sur la conductivité thermique. La résistance à l’eau, la perméabilité à la vapeur, l’adhérence, la fissuration et la durabilité deviennent également essentielles.

Vers des bâtiments plus confortables et plus durables

En Europe comme en Afrique du Nord, le défi ne consiste plus seulement à construire des bâtiments solides. Il faut également concevoir et rénover des enveloppes capables de maintenir un meilleur confort intérieur tout au long de l’année et de résister aux agressions climatiques. Réduire les apports de chaleur en été, limiter les pertes en hiver, protéger les façades contre les fortes pluies et mieux gérer l’humidité dans les environnements côtiers sont autant d’objectifs complémentaires. Dans ce contexte, le développement de solutions de protection thermique fines, faciles à appliquer et adaptées aux bâtiments existants représente une piste particulièrement intéressante, à condition d’intégrer simultanément les exigences de performance thermique, d’adhérence, de résistance à l’eau et de gestion de l’humidité.
Fadwa Jemal
Fadwa Jemal, M.Sc. Chimie et Sciences des Matériaux Chargée du département R&D et production